Ana
gyre  tide


Anagyre fétide


L'ANAGYRE FÉTIDE OU « BOIS PUANT » (FABACÉES) :  UN  ARBUSTE  MYSTÉRIEUX DE LA COLLINE D’ENSÉRUNE (NISSAN)

André Lopez*

Article figurant in extenso dans le Bulletin 2022 de la Société archéologique, scientifique et littéraire de Béziers (p....)
Pour  en raccourcir la longueur trop importante,
une partie des illustrations a été supprimée. Elles peut être retrouvées dans l'original à commander ou consulter au siège.
         Site de la Société :  www.sasl-beziers.fr



I - Introduction


La colline d’Ensérune, située sur la commune de Nissan, est bien connue pour son grand intérêt historico-archéologique. Ce que l’on sait moins, c’est qu’elle abrite une flore abondante et diversifiée que dominent deux plantes rares, appartenant à la grande famille des Fabacées (ex Légumineuses)1, de valeur patrimoniale et dites «déterminantes»2 , au point de les avoir rattachées à la ZNIEFF n° 0000-30603 : l’ Astragale de Narbonne,  
Astragalus alopecuroides L. et l’ Anagyre fétide, Anagyris foetida L. Entrant dans le cadre d’une distribution circum-méditerranéenne pourtant étendue, elles se singularisent par leur localisation restreinte et, en ce qui concerne l’Anagyre, ayant donné lieu ici comme ailleurs à des hypothèses inattendues sur son origine, l’une d’elles rejoignant le domaine de l’ Histoire.

Avant d’aborder le cas d’ Anagyris foetida, sujet essentiel de la note, étudié à Ensérune et, comparativement, au Roc du Cayla (Roquessels), donc encore en Biterrois, rappelons brièvement pour mémoire et du fait de sa beauté qu’ Astragalus alopecuroides4 est aussi une plante méditerranéenne, propre au sud-ouest de l'Europe (France, Espagne) et au nord-ouest de l'Afrique (Maroc, Algérie). Dans le Biterrois, il en existe deux populations : l’une à Ensérune (fig.1) et l’autre, comme Ephedra (Lopez,2019),  sur les collines de Nissan.

 

II - L’Anagyre fétide : présentation botanique et biologique

 

1 - Etymologie      Elle est  curieuse et peut préter à confusion. Officialisé en 1753 par Carl von Linné, le nom générique Anagyris dérive du latin anagyros et du grec anaguris (νάγυρις ou νάγυρος),soit gyrus avec le préfixe ana, ce qui signifie littéralement «toupie qui se retourne» mais désigne,  en fait, pour le public, un objet de tout autre nature5.  Le savant naturaliste suédois, fondateur de la nomenclature binominale a du retenir les termes antiques désignant la plante bien que pour certains, un tel nom ait plutôt fait allusion, dans son esprit, soit à un effet désagréable sur l’organisme humain et (ou) animal, au sens d’une « plante qui retourne l'estomac», soit  à la forme parfois incurvée du fruit, ce qui est improbable.

 

2 - Systématique      En tant que Fabacée1 et Faboidée, l’ Anagyre appartient à la tribu des Thermopsideae et apparait ainsi comme «exotique», selon le qualificatif de Martins (1869). En effet, ce groupe taxonomique particulier est considéré comme originaire d’ Asie centrale et du plateau de Qinghai-Xizang  (Ming-Li & al., 2015) et en aurait divergé dans le reste de l’ Asie, sur tout le pourtour méditerranéen et jusqu’en Amérique du Nord. Outre Anagyris, il ne compte que 5 autres genres : Thermopsis, est-asiatique, se rapprochant le plus du précédent, Baptisia et Pickeringia (USA), Piptanthus (Asie tropicale) et Ammopiptanthus (déserts d’Asie centrale). Il n’existe dans le Monde qu’une seule autre espèce du genre concerné :  l’Anagyre à feuilles larges, Anagyris latifolia Brouss.ex.Wild, connu seulement des Canaries, en particulier de T3 - Aire géographique      Elle couvre quasiment tout le bassin méditerranéen  avec l’Asie occidentale, le Moyen Orient (dont l’ Arabie, le Yemen) et l’ Europe méditerranéenne, de la Grèce à l’ Espagne, totalité des  îles comprise dont la Corse. En  ce qui nous concerne,  la distribution inclue presque tout  le sud de la France,  sur coteaux arides et dans les  garrigues, depuis les Alpes-Maritimes jusqu’aux Pyrénées orientales, s’y limitant toutefois partout à des localités très clairsemées, en «ilôts».énérife, île remarquable pour ses plantes endémiques.

 

4 - Situation locale    L’ Anagyre est installé au pied du versant sud de la colline d’ Ensérune, en contrebas du Musée, dans un repli grossièrement triangulaire des terrains molassiques et marneux locaux du Miocène7, se présentant en amont comme un ravin anfractueux que  prolonge un profond fossé, et en aval, s’étalant en surface subhorizontale qu’occupe une pelouse à Brachypodes8 . Les autres arbustes notables sont le Nerprun alaterne et la Filaire à feuilles étroites ainsi que quelques Lauriers (fig.2,3).
La population se réduit en tout et pour tout à  une dizaine pieds9, l’un solitaire sur un grand talus oriental (fig.3), et est distante d’environ 500 m de celle d’Astragalus, située aussi à flanc de colline, également en garrigue appauvrie mais, plus vers l’ouest, au delà  d’oliveraies interposées, donc indépendante et dans un autre biotope. Signalons, d’une part, que l’ Anagyre a échappé de peu à un incendie ayant ravagé le sud de la colline en Juin 2021, d’autre part, que le ravin et le talus oriental renferment des blocs de construction épars ou ébauchant des murs, peut être d’origine romaine, les vestiges connus de cette période étant précisément localisés sur le versant sud d’ Ensérune (Ugolini & Olive, 1963).

             

3 - Description botanique  L’Anagyre, qui a donné lieu à des « portraits » parfois extravagants10, est un arbuste haut de 1 à 3 m, large de 2 (fig.4,5),
 
dressé, vert-grisâtre lorsqu’il  est en feuilles, dense, très ramifié et non épineux, rappelant, en fleurs et à première vue, un Cytise ou un Genêt (fig.6). L’écorce est grise  et le bois vert-jaunâtre. Les jeunes rameaux sont blanchâtres pubescents.

Apparaissant en hiver, les feuilles (fig.7) sont longuement pétiolées, composées, à 3 folioles longues de 3 à 6 cm, sessiles, elliptiques, entières, d'un vert glauque et glabres en dessus, plus pâles en dessous car finement pubescentes, pourvues de stipules soudées ensemble. De goût amer, elles dégagent au froissement une odeur désagréable, comme nauséeuse, fétide, perçue aussi lorsqu’on casse des tiges, d’où le nom spécifique  et ceux, vernaculaires, de «Bois puant» ou «Pudis». Ces mêmes feuilles, précocément  caduques, tombent pendant l’ été , l’arbuste en étant alors dépouillé et paraissant desséché. 

La floraison, remarquablement  précoce, intervient très tôt, dès la fin Janvier, et se termine en mars. Les curieuses fleurs réunies par 3-8, en petites grappes latérales courtes et feuillées à la base, sur le bois de deux à trois ans (fig.8), sont assez grandes (environ 2 cm), étroites, allongées et comme pliées, presque fermées. Elles montrent  un calice gris-souris en cloche à 5 dents,  une corolle d’abord jaune-verdâtre puis jaune citron,  avec une carène très allongée, dépassant de deux fois l’ étendard, remarquablement court, non dressé,  plaquant les ailes contre la précédente. Il est en outre  maculé sur sa face intérieure d’un brun pourpré qui transparaît à l’extérieur sous forme deux macules oblongues symétriques d’un brun plus pâle (fig.8,9).  Cet étrange périanthe caractéristique entoure 10 étamines libres et un style filiforme à stigmate renflé en tête .

La fructification est sensée ne survenir  qu’en  mai. Toutefois, l’auteur l’a déjà observée durant ce  mois de Févier 2022 (fig. 15) et une autre fois en Mars (fig.16), conséquences probables d’ Hivers de plus en plus chauds.

Les fruits («fèves de loup») sont de grosses gousses ou légumes de Fabacée, pendantes, énormes car longues de 10 à 20 cm sur environ 2 cm de large, donc disproportionnées par rapport aux fleurs,  bosselées, glabres, de couleur verte (fig.10) puis devenant  fauve (fig.11), grossièrement ondulées sur les bords,

parfois torsadées et contenant de 3 à 8 grosses graines (fig.12), coriaces («cartilagineuses»), rappelant un rein («réniformes») et de couleur variable :  brun, vert-de-gris ou bleu violet améthyste (fig.13).

6 - Biologie     Le mode de végétation de l’ Anagyre est extraordinaire puisqu’il commence à feuiller au mois de novembre, fleurit en plein hiver où il est susceptible de résister à la neige (fig.14), même à de fortes gelées, comme l’a souligné Martins (1877), peut  amorcer sa fructification dès l’ hiver (fig.15,16) comme souligné plus haut  et perd ses feuilles en été à l'époque où ses fruits commencent à mûrir (fig.11). 

Sa pollinisation est assurée par les Insectes (entomogamie) : Lépidoptères (Morosphinx, observé au Roc du Cayla) et Hyménoptères (Bourdon terrestre, photographié dans la même station  - fig. 17 - et Xylocope, vu à Ensérune).

Sa dissémination est «barochore», les graines tombant au pied de la plante par le simple effet de la pesanteur, donc à très courte distance de sorte que de jeunes pieds peuvent être observés sous l’arbuste mère, exceptionnels à Ensérune mais par contre très nombreux au Cayla (fig.18).

Les graines ont une cuticule épaisse et imperméable qui contrarie leur germination, mais garantit une longue conservation.

7 - Chimie et toxicité     L’ Anagyre contient deux alcaloïdes11 : la cytisine, seule citée par Lieutaghi (2004) et surtout, l’anagyrine ou rhombinine,  un composé aromatique tétracyclique, de formule C15H20N2O , classé dans les alcaloïdes quinolizidiniques. Suite aux premières recherches médicales de Semmola (Naples ,1851) et Arnoux (Montpellier,1870),  deux biologistes français, Hardy et Gallois, ont établi que le principe actif de cette plante, extrait de ses diverses parties, est un alcaloïde11 qu'ils baptisèrent, de ce fait, du nom d'« anagyrine » (juillet 1885). Formée par un noyau quinolizidine et deux noyaux pyridine fusionnés (fig.19), elle est  présente dans tous les organes du « Bois puant », surtout ses graines. Elle  a été  retrouvée d’ailleurs ultérieurement (à partir de 1939) dans d’autres Fabaceae, mais cette fois en  Amérique du Nord dans les genresThermopsis mais également Lupinus, d’où son troisième  nom de «monolupine».

L'anagyrine est très toxique aussi bien pour le bétail que pour l’homme, ses organes cibles étant le tube digestif  et surtout, le système nerveux (poison ganglionnaire et bulbaire). L’ingestion de feuilles par le bétail, rare car l’odeur est dissuasive pour les Ovins et Bovins, provoque des vomissements et une purgation violente12, les chèvres paraissant seules résistantes (Turquie). Celle des graines par un homme ayant confondu les légumes d’ Anagyre avec des gousses de haricot ou consommé des laitages caprins entraine un syndrome neurotoxique apparaissant en 4 à 5 heures : mydriase, excitation, incoordination motrice et vertiges, associés à sudation, salivation, convulsions, coliques, pouvant, dans les cas sévères, aboutir au coma puis à la mort par asphyxie.

La toxicité n’est pas le propre des Thermopsideae mais se retrouve dans de nombreux autres groupes de Fabaceae, ceux-là alimentaires, où l’ Anagyre n’est d’ailleurs pas cité (Petit,2011).

 

 8 - Utilisation passée et actuelle     L'A. foetida est connu depuis longtemps, d’abord  en Grèce, donnant son nom au dème  attique d’ Anagyronte où il aurait abondé, inspirant  Aristophane (environ 400 ans av. J .-C), qui fait mention de sa puanteur dans la comédie Lysistrata, et donnant sujet d’étude au médecin et botaniste Pedanius Dioscoride (in Περ λης ατρικς, De Materia medica 3, 167) pour les propriétés vomitives et purgatives des graines et des feuilles. De son côté, Pline l' Ancien le décrit sous le nom d’ Anagyros ou acopon (in Histoire naturelle : Livre XXVII, XIII) : «L'anagyros, appelée par quelques-uns acopos (délassante), est rameuse..»«Anagyros quam alii acopon vocant fruticosa est… »..Suivent une évocation d’ usages obstétricaux inattendus et de caractères botaniques plus réalistes :  l’«odeur forte», «la graine … dans des cornets assez longs et de figure rénale… se durcit au temps de la moisson (et)… mâchée, provoque le vomissement. ». De plus, il est parfois fait référence à l’Anagyre en tant que poison de flèches depuis l’ Antiquité jusqu’au Moyen age (Lieutaghi,2004 ; Vignes,2022), moins toutefois que l’ If (Taxus baccata d’où dérive, selon Pline, le mot «toxica»)

Actuellement en France, d’aucuns considérent l’ Anagyre comme une plante médicinale non comestible,  feuilles et graines ayant des effets émétique, laxatif, anti-helminthique, emménagogue, spécifique pour les affections rénales, peut être en souvenir du vieux «principe des signatures» (graine réniforme) et même tonicardiaque. Par ailleurs, des recherches récentes en laboratoire lui attribuent un effet cytotoxique antitumoral qui sera peut être exploité dans le futur.
Au Maghreb, le «karrûb el klâb» («fûl el klâb»,«habbet grî») est cité par Bellakhdar & al. (1991),  comme étant employé couramment en médecine traditionnelle pour traiter les brûlures ou autres «maux» d'estomac  et aurait même, selon des italiens, un intérêt vétérinaire contre  la gale des animaux domestiques. De plus, l’ Anagyre serait   l’espèce arbustive la plus consommée par les chèvres en Turquie après Quercus coccifera et Genista anatolica (Tölü & al,2012), au prix, toutefois, d’une certaine toxicité des laitages.


III  COMMENTAIRES

L’Anagyre fétide ne peut qu’interpeler par sa rareté, son origine paléobotanique extrême-orientale,   un aspect insolite et même «troublant»10, une biologie peu ordinaire, enfin son intérêt botanique et peut-être historique qui en font une plante à respecter, tout en n’oubliant pas son  caractère vénéneux indéniable.

 

1 - Biologie et cycle vital     L’étrange précocité de la floraison et de la chute des feuilles montre, qu’à l’instar de beaucoup de plantes de garrigue, dites xérophytes, l’ Anagyre est également adapté à la chaleur et à la sècheresse qu’elle subissent . Toutefois, et à sa manière, il est le seul arbuste présentant un cycle de vie aussi décalé et accéléré, lui permettant d’entrer en dormance lors des premières ardeurs de l’été, la chûte rapide des feuilles rappelant quelque peu le cas du Baobab (Adansonia) qui, en Afrique, ne produit son feuillage que durant les  trois mois de la saison des pluies. Il illustre l'une des meilleures stratégies de résistance à la sécheresse de la flore méditerranéenne (Avsar et Ok, 2010). Comme observée à Ensérune et au Cayla, la pollinisation paraît bien assurée, selon toute évidence, par des Insectes à longue trompe (entomogamie) et non par des oiseaux (passeriformes tels que fauvettes et pouillots) comme l’affirme Vignes (2022), d’après les arguments douteux que des chercheurs espagnols avancent en faveur de cette ornithogamie13. Le même auteur toulonnais évoque en outre l’existence de deux sous-espèces ou variétés génétiques distinctes concurrentes basée sur une corrélation entre la pigmentation des fleurs et celle des graines.

En ce qui concerne ces dernières soulignons qu’elles posent un sérieux problème :  celui du devenir de l’espèce. Les gousses s’entrouvrent à peine de sorte que la libération des graines en est aléatoire. Leurs forme et dimensions entraveraient l’enfouissement spontané dans le sol où elles restent confinées près de la surface (Valtuena & al.,2008). En outre, leur cuticule coriace, à moins d’être «scarifiée», est un obstacle à la germinaison. En contrepartie, il semblerait  qu’elles puissent rester  viables pendant au moins 1600 ans comme l’ont prouvé des exemplaires contenus dans une poterie  de site archéologique turc (Ozgen & al.,2012). Dans notre région, les graines, soumises à tant d’aléas, ne sont libérées que par des causes accidentelles extérieures, comme, au roc du Cayla, un possible passage de gyrobroyeur, en limite de population, expliquant l’abondance des jeunes pieds (fig.18) suite à cette ouverture artificielle de gousses.

 2 - Origine  géographique    Si l’on fait abstraction des autres données botaniques, suffisamment développées ci-dessus, un  point inattendu très curieux est l’origine géographique sensu stricto de l’Anagyre.

Au tout début de la radiation évolutive  darwinienne (divergence évolutive à partir d'un ancêtre unique) dont il résulte et en fonction des dernièresdonnées de la biologie moléculaire (Ming-Li & al.,2015), l’ Anagyre fétide serait apparu au Miocène (entre 8.2 ± 4.5Millions d’années), à partir de sa souche de Thermopsideae. Cette dernière serait née elle même à l’Eocène moyen (26,5 M.a) en Asie extrême-orientale, plus précisément en Chine, encore elle, si l’on veut tenter ici un rapprochement audacieux avec l’origine présumée de …la Covid 19, d’ailleurs toujours discutable (Lopez,2022). La répartition  d’ Anagyris serait liée à la disjonction continentale sous climat
méditerranéen, dite «madréo-téthysienne» et aurait rang de «relicte» tertiaire, en fait relique14, dans le cadre d’une «végétation sèche et sclérophylle à feuilles larges» («Tertiary dry broadleaf evergreen sclerophyllous vegetation»
 : Wen & Ickert-Bond, 2009).

 
3 - Distribution géographique en Occitanie
 
L’ Anagyre s’y situe dans l’ Etage mésoméditerranéen15,  se rencontrant ici et là, sur des coteaux rocheux et arides, en pleine garrigue calciphile, surchauffée l’été, exceptionnellement en maquis, sur sols siliceux (Valmagne) ou naturalisé dans les jardins.  Le SINP3 de référence l’évoque dans13-14 communes d’ Occitanie, sa première observation datant de 1733. Selon les ZNIEFF3 , plus restrictives, « il n'est présent en France que dans la plaine languedocienne, dans moins de dix communes et dans toute la région  provençale» dont, en tête, «sur la montagne percée de Nissan près de Béziers»(Martins,1869). Cette  Colline de l’ Oppidum d’ Ensérune (ZNIEFF de type I, n° 0000-3060, p.2/5) est citée d’emblée dans  «Wikipédia» où l’existence d’ autres stations est seulement évoquée : «L'anagyre …. est une plante méditerranéenne …. qui se retrouve, de nos jours, sur l'oppidum d'Ensérune dans l'Hérault….. ».Toutefois, il existe dans le Biterrois même une deuxième population, beaucoup plus importante qu’à Ensérune, et qui trouve donc ici sa place, ne serait-ce qu’à titre comparatif :  le Roc du Cayla «situé  dans les garrigues au nord de la ville de Béziers. … sur la commune de Roquessels,  constitué d'un petit promontoire rocheux isolé au sein d'une petite plaine agricole en bordure de la vallée de la Thongue…(fig.20) abrite des plantes déterminantes2…dont l'Anagyre fétide» (ZNIEFFde type I,n°0000-3105) (Gord & al.,1991).

Pour mémoire, signalons que du côté de Montpellier, l’ Anagyre est présent sur la Gardiole, à son extrêmité nord-est dans les Garrigues de la Lauze et, dans  la  «Plaine de Villeveyrac-Montagnac», sur la «Falaise de l’abbaye de Valmagne», cette fois une zone schisteuse et à végétation de type maquis. Plus loin vers l’ ouest,mais toujours en Occitanie, l’ Anagyre  est connu  dans l’ Aude de la commune de Fitou, enfin, dans  les Pyrénées orientales à Cases de Pène, la vallée de Valmanya et à Collioure (colline du Fort Saint-Elme, falaises du Racou). Curieusement, il n’existerait pas dans le massif de la Clape (11), pourtant d’une diversité floristique exceptionnelle.

 A l’opposé, on retrouve l’ Anagyre vers l’ est, en Provence : dans les Bouches du Rhone avec ses stations classiques de Montmajour , du Castellet et de Cordes près des ruines et en garrigue arborée; dans le Var, aux Gorges d’Ollioules et du Destel, à l’emplacement d’un ancien point de guet, aux stations de la Farlède et du Mont Combe-Coudon, autour du Fort Sainte Marguerite et au Mont Faron dans la région toulonnaise; enfin sur la colline du Château de Nice où il est considéré comme «exotique».
 

4 - Origine  Ici se pose le mystère particulièrement irritant d’un rapport avec l’Homme.Trois théories, une l’affirmant,  la seconde l’éludant et une troisième, de moyen terme, « mixte », conciliant les précédentes, peuvent être évoquées.

 

Introduction   
L’ Anagyre aurait été  importé et mis en place artificiellement. Toujours selon «Wikipédia »,«L'anagyre < de l'oppidum d'Ensérune> …. est …. d'origine probablement grecque Des pollens ont été trouvés sur ce plateau. Ils datent du IIIe siècle av. J.-C». Selon un particulier, président des «Amis de Nissan», des graines auraient été importées accidentellement dans des amphores hellènes. Un rapport du même ordre est établi par Harant et Jarry16. Tout autant d’affirmations gratuites car aucune source sérieuse n’en apporte la preuve. Inlassablement,d’autres témoignages établissent eux aussi une relation anthropique. Dans la ZNIEFF «Roc du Cayla », il est mentionné que l’«arbuste …affectionnant plutôt les lieux abandonnés par l'Homme <est>généralement présent à proximité des anciens chemins et des vieilles ruines»(du Néolithique au premier siècle, selon Ugolini & Olive,2013) et, dans celle de  «la Lauze», qu’il se rencontre en «garrigues anciennement fréquentées par l’homme». A Valmagne, sur le versant sud, «de nombreux murets témoignent d’une ancienne activité agricole». A propos de la Provence, il est écrit que «Dans les taillis de Chêne vert de Montmajour, du Castellet et de Cordes, le Bois puant est abondamment naturalisé depuis au moins 1545». Il croît aussi dans les ruines et une relation est même évoquée avec les moines bénédictins de l’ abbaye. Par ailleurs, un intervenant fait ainsi la synthèse  d’autres opinions du même ordre : «C'est un très rare arbuste des coteaux rocailleux et des falaises maritimes méditerranéennes. Il y pousse étonnamment dans ou à proximité des forts et des châteaux. On veut croire à ce propos qu'il fut autrefois planté par les militaires en poste pour ses vertus toxiques et aurait servi comme poison (pour flèches?)».

Spontanéité     Selon, Ch. Martins (1869,1877), au sens duquel  l’auteur de ces lignes abonde partiellement,  l’ Anagyre fétide serait  une espèce tertiaire (cénozoïque) ayant  survécu à l'époque glaciaire dans le midi de la France, cela uniquement dans quelques localités privilégiées, donc spontané 17et relique14, mais qui s’est  maintenue partout ailleurs dans le reste du bassin méditerranéen (Espagne, Italie,Grèce, Moyen Orient, Maghreb). Ainsi pourrait-on le rapprocher d'autres taxons exotiques ayant connu pareilles ambiance et évolution, tels que  le Palmier nain (Chamaerops humilis),  survivant en Provence, peut être à la Clape (11), le Myrte (Myrtus communis) présent encore aujourd’hui officiellement dans le même massif et celui de la Gardiole (34), ainsi que le Caroubier (Ceratonia Siliqua), le Laurier-d'Apollon (Laurus nobilis) et le Laurier-Rose (Nerium oleander). En revanche, aucun lien du même ordre ne peut être établi présentement avec la « Queue de renard »4, deuxième Fabacée «vedette» d’Ensérune dont le devenir après l’incendie nous échappe encore. 

 Théorie mixte     Non évoquée jusqu’ici par d’autres auteurs, elle associe une présence spontanée préexistente de l’arbuste et la survenue ultérieure d’une installation humaine  depuis l’ Antiquité - que suggèreraient sur Ensérune, les vestiges signalés plus haut à proximité des pieds (fig.21,22) - jusqu’au Moyen Age.

  Entretenue in situ et peut être propagée dans les limites de sa germination difficile, Anagyris foetida aurait pu être, au mieux, une source de fourrage riche en proteines pour les chèvres, et utilisé aussi pour traiter leurs problèmes gastro-intestinaux comme, de nos jours, en Algérie (Akbag, 2021). L’utilisation de broyats de graines pour empoisonner la pointe des flèches est purement spéculative.

IV - Conclusion

Pour clore cet ultime article d’inspirations naturaliste et médicale,  l’Anagyre fétide serait donc, comme les taxons précédents, une espèce fondamentalement  relique et non « relicte » comme l’écrivent divers auteurs14, ayant appartenu à la végétation dite « sclérophylle sèche  du Tertiaire »du moins en France méridionale, y   compris , bien sûr, dans le Biterrois. Après avoir connu  une extension spontanée beaucoup plus vaste à l’échelle géologique, l’extraordinaire Fabacée Anagyris foetida se circonscrit aujourd’hui  à de petites stations isolées, vestiges de populations ayant souvent subi une pression anthropique (élagage) mais où des conditions locales protectrices non élucidées assurent sa survie.

Il n’est d’ailleurs pas exclu que dans une certaine mesure, l’Homme ait parfois facilité cette dernière, de nos jours par souci « écologique » pour la conservation  d’une plante rare d’intérêt patrimonial, perdant de sa variabilité génétique, ainsi exposée à l’extinction  et, dans le passé, pour en tirer un éventuel profit, pastoral, thérapeutique  ou, même stratégique dans des lieux propices à la défense, avec possible emploi des graines comme poison de flèches. En fait, de tels usages  resteront à jamais sujets  à caution et énigmatiques.

 

NOTES

1- Les Fabaceae ou Légumineuses sont l'une des plus importantes familles de plantes à fleurs par le nombre d'espèces (19 500, d’herbacées à arborescentes. Elles ont des fleurs dites Papilionacées6, des fruits appelés gousses ou « légumes », et, d’intérêt économique primordial avec les Graminées, constituent une source de protéines végétales indispensables pour l'alimentation humaine et animale.

2- Les espèces dites déterminantes sont retenues par certaines méthodes d'inventaire naturaliste et d'évaluation environnementale, comme remarquables pour la biodiversité, ou menacées et jugées importantes pour l'état de l'écosystème ou particulièrement représentatives d'un habitat naturel.

3- Le sigle ZNIEFF désigne, en France, une zone naturelle d'intérêt écologique, faunistique et floristique, espace inventorié en raison de son caractère remarquable, et dont il existe deux types : type I,occurrence d’écosystèmes et d’espèces remarquables, généralement sur une surface réduite ; type II, écocomplexes et paysages remarquables, généralement étendus sur des surfaces plus vastes.Le SINP,  «Système d'Information sur la Nature et les Paysages») est une autre structure française nationale  qui recense et rassemble les dispositifs d'observations concernant la nature et les paysages français (patrimoine géologique inclu).

4- Astragalus alopecuroides (encore appelée Astragale queue de renard,  Queue de renard d'Espagne) est une herbacée imposante )(50 cm à 1 mètre) (fig. 1),velue-laineuse, blanchâtre, à tiges dressées simples, épaisses, et à feuilles composées montrant 20 à 40 paires de folioles elliptiques-lancéolées. Les fleurs (mois de Juin-Juillet)sont papilionacées6, typiques d’une Fabacée1, jaune pâle, assez grandes (18-20 mm), très nombreuses et forment de grosses grappes ovoïdes superposées, serrées, subsessiles (fig.1). Elles ont un calice renflé, velu, persistant, et un étendard6  le dépassant de peu. Les gousses6 sont incluses, dressées, ovoïdes, laineuses, à 2-4 graines. Comme l’ Anagyre, l’ Astragale queue de renard, pourrait être d’origine orientale (Asie centrale), par l’intermédiaire, dans les Alpes, d’une espèce voisine : Astragalus alopecurus,

5- L’anagyre (rattleback en anglais) est  un petit jouet («toupie») de forme ellipsoïdale (en gros, celle d’ un cigare) possédant un unique sens naturel de rotation du à sa structure interne hétérogène. S'il est lancé dans le sens contraire, il ralentit , se met à osciller, puis change ce sens de rotation.

6- Les fleurs papilionacées (du latin : papilio, -onis, « papillon ») sont ainsi nommées car leur corolle caractéristique évoque effectivement la forme d'un papillon. Singularisant la plupart des espèces de Fabaceae1,  elles présentent  une symétrie bilatérale et se composent de cinq pétales inégaux. Appelé «étendard»,  le grand pétale supérieur, unique et vertical, embrasse par sa base cylindrique les deux pétales latéraux ou «ailes» qui, à leur tour, entourent une paire de pétales plus petits constituant une structure en forme de carène de bateau. Cette dernière  renferme les organes floraux essentiels pour la reproduction :  l'androcée (étamines) et le gynécée (pistil). Le fruit qui en résulte est une gousse ou légume.

7-Précédé par l'Oligocène, aujourd’hui rattaché à sa partie inférieure et suivi par le Pliocène,  le Miocène est la quatrième époque de l'ère tertiaire ou Cénozoïque s'étendant de 23,03 ± 0,05 à 5,332 ± 0,005 millions d'années.Parmi ses terrains caractéristiques, les molasses sont souvent des grès à ciment de calcaire argileux.

8- Encore appelé «Pelouse méditerranéenne», il s’agit d’un faciès de garrigue très ouvert, sur sol maigre, caractérisé par une  végétation rase où prédomine largement le Brachypode rameux, dit aussi "baouque" en occitan ou herbe-à-moutons. Il est parsemé d’autres herbacées, de sous-arbrisseaux (Thym, Badasse,Rouvet) et d’arbustes (fig.2,3).

9- Il est à noter que des plantations d’Anagyris auraient ont eu lieu près de l’accueil du Musée, à titre ornemental ou de curiosité mais ne sont pas prises en compte  dans ce maigre dénombrement.

10- Parmi les descriptions outrancières, voici, au hasard, celle d’un anonyme : « …d’une  beauté un peu inquiétante avec ses fleurs qui semblent hésiter entre le vert et le jaune, l’étendard qui  porte la marque brutale d'une peau de panthère comme certaines créatures de Poe, cette plante exhale un charme cruel auquel le naturaliste trop esthète qui signe ces pages avoue ne pas rester insensible. Mais il ne faut pas l'approcher trop près ! Une odeur vireuse  à senteur d'un caoutchouc brûlé sur des brassées de Jusquiame… ».

11- Les alcaloïdes, qui portent  une terminaison en «-ine», sont des molécules à bases azotées, le plus souvent hétérocycliques, c’est à dire constituées de séries d’atomes différents (en général carbone et azote), dérivant le plus souvent d’acides aminés et très majoritairement d'origine végétale.

12- En outre, du moins en Amérique du Nord avec les Lupins et Thermopsis, l’ anagyrine provoquer chez le veau nouveau-né un syndrome tératogène, connu en anglais sous le nom de crooked calf disease (maladie du veau difforme) apparaîssant lorsque la vache  a ingéré une quantité critique de toxique à certains stades de la gestation.

13- L’ornithogamie, pollinisation par les oiseaux, fréquente sous les tropiques, serait, chez Anagyris le premier cas européen connu. A. OrtegaOlivencia & al.,2005,Environmental Science.  Oikos, vol. 110, nº 3, 2005, pp. 578-590.

14- On parle d'espèce relique ou de population relique pour désigner une espèce ou la population d'une espèce qui sont survivantes d'une époque différente ou d'une répartition plus large, à la suite de changements de conditions climatiques. En revanche, une relicte -qualificatif trop souvent utilisé, à tort, pour l’ Anagyre - est une espèce vivante que l’on croyait éteinte mais qui s’avère exister encore de nos jours dans des niches écologiques restreintes. Les deux termes sont néanmoins applicables à l’ Ephedra (A.Lopez, Bull. S.A.S.L.B.2019 p.11-31).

15- S’inscrivant dans  la disposition étagée de la végétation en bandes parallèles superposées au flanc des reliefs, l’étage mésoméditerranéen est typiquement sous climat de ce type, avec une sécheresse estivale accusée d’au minimum 2 mois (critère retenu classiquement pour définir un climat méditerranéen).C’est le pays du Chêne vert, Quercus ilex L. et du Chêne kermès, Quercus coccifera L., par excellence, et plus généralement, le pays des garrigues.

16- Selon H.Harant et D.Jarry, qui ont  insuffisamment développé le cas étrange d’ Anagyris dans leur «Guide du Naturaliste dans le midi de la France, II (Delachaux & Niestlé ed., 1967)», «Le site archéologique <d’ Ensérune> a été découvert par Félix Mouret…grâce à l’ Anagyre qu’il avait appris à connaître en Gréce(p.332)». En fait, le dit site fut découvert  par A.Ginièis, curé de Montady, et E.Sabatier (1854,1860), avant que le « riche amateur de Béziers » ne l’achète en 1915 ( in Ugolini et Olive, 2013) et… fasse «déplaçer» les légitimes propriétaires qui durent se reconvertir en…riziculteurs (d’après une conférence à la S.A.S.L. de Béziers, Médiathèque…).

17 - En écologie, la flore spontanée est définie comme celle «qui pousse naturellement, sans intervention humaine, qu’elle soit indigène ou non, et qui maintient ainsi un processus naturel de colonisation». Elle s’oppose ainsi à la flore plantée et cultivée/ dont le développement est dépendant de l'homme.

 

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