Mosaïques 2  Bulletin Soc.arch.scient.lit.Béziers            Animaux des Mosaïques romaines



A PROPOS DES MAMMIFERES REPRESENTES DANS LES MOSAÏQUES GRECO-ROMAINES : DU DESERT AUX VENATIONES DE L'AMPHITHE
ÂTRE

OBSERVATIONS D’ UN ZOOLOGISTE

 

I – Introduction

     Les écrits des auteurs classiques et  les vestiges archéologiques  évoquent largement l’importance majeure de la chasse, tant pour les  paysans d’Italie que les aristocrates romains, aussi bien dans les campagnes de la péninsule  et du reste de l’ Europe conquise, qu’au sud de la Méditerranée et en Orient comme l’a souligné Jallet-Huant (2008). Désignée en latin sous le nom de venatio, elle a inspiré aussi des  spectacles cynégétiques, les venationes, apparues à Rome en 186 av. J.-C.et devenues grandioses sous l’Empire. Offertes au peuple dans les amphithéâtres elles impliquaient une profusion et une diversité d’animaux captifs unique dans l’histoire mondiale, notamment sous Vespasien, Trajan et Antonin le Pieux…). Venus de tous les coins de la Terre,  « ex toto orbe terrarum » selon une formule de l’ Histoire Auguste ils symbolisaient avec une foule de « richesses et  gaspillage de tous ordres »(Clavel-Lévêque & Lévêque,2017) le tribut des provinces soumises et affirmaient ainsi la domination de Rome (Aymard,1952).

     Ces venationes qui se poursuivirent jusqu’au VI eme siècle de notre ère, comprenaient de simples exhibitions animales, des chasses dans un décor végétal et (ou) rocheux transplanté, et surtout des combats d’animaux sauvages, entre eux ou contre des hommes, gladiateurs spécialisés (bestiarii), ou condamnés à mort (damnatio ad bestias).

     Si les faunes européennes, comme celles d’ Espagne, Gaule et Germanie, permettaient d’approvisionner les amphithéâtres locaux  à en  moindre coût en ours, sangliers, cerfs et taureaux, en revanche l’apport à Rome des animaux exotiques issus d’ Afrique et d’ Asie via Carthage et Alexandrie n’était possible qu’avec les sommes colossales dont seuls disposaient les organisateurs fortunés et des trafiquants comme le maître sicilien de la Villa di Casale .

    Comme le soulignent Clavel-Lévêque et Lévêque (2017), « d’un bout de l’ Empire à l’autre, l’imagerie liée aux Jeux s’est diffusée sur de nombreux supports qui ont largement contribué à augmenter leur popularité… » notamment les mosaïques. Art romain par excellence, ces dernières  consistent, rappelons le,  à insérer sur un support des tesselles ou abacules, petits cubes de pierre  diversement colorés, ou, moins souvent, en autres matériaux, en suivant les contours de dessins préalables, créant ainsi des compositions où le monde animal a une place de choix (Lopez, 2016) mise ici à nouveau en exergue.

II - Généralités

     C’est ainsi que l’on connaît une immense diversité de ces créations, des emblemata en opus vermiculatum, les plus raffinés mais de participation animale réduite tels que le lion terrassant une panthère (Maison des Colombes, Pompéi) (Fig.1) et des mosaïques compartimentées  en exquis « tableautins » animaliers(Fig.3) aux vastes compositions pour pavements d’Afrique du Nord  et de  Sicile (Fig. 2, 4).

 

            

 Fig. 1–Mosaïque de Pompéi         Fig.2 - Mosaïque de,Sousse                   Fig.3– Mosaïque du Bardo                                                           Vue                                                 Vue  en perspective inférieure

   

     Leurs plus beaux bestiaires nord-africains sont exposés au Musées d’El Djem, du Bardo et celui de Sousse où est visible la mosaïque dite des animaux » (Fig.2). En forme de I , elle associe un rangée de chasseurs dans sa partie supérieure et, dans le reste de son étendue, des Autruches, Antilopes, Cerfs et Ânes sauvages tous figurés au galop sur un fond  uniforme que parsèment des armes semblant jetées à terre.

     Toutefois, la plus riche concentration d’espèces que l’on connaisse jusqu’ici dans l’art romain, est incontestablement, celle de Piazza Armerina, en Sicile, où la Villa di Casale, dont la somptuosité a du être telle qu’on a pu l’attribuer à l’un des tétrarches (Maximien  ou Maxence) régnant alors sur l’ Empire, abrite deux mosaïques de pavement dites « la Petite »  et surtout « la Grande Chasse »(Fig.4). Leur ensemble, gigantesque,« foisonnant »et conservé in situ exprime le lyrisme expressionniste de l’art tétrarchique, sans respecter toutefois la perspective tridimensionnelle comme le souligne Marrou (1978).

 

 

Fig.4 -  Mosaïque de la « Grande Chasse », Villa di Casale, Sicile. Vue panoramique partielle

 

La « Grande Chasse » notamment se développe  en est un rectangle allongé (près de 60 m de long sur 5 m de large, 350 m2) présentant une succession de scènes indépendantes juxtaposées, parfois même superposées, de prédation, de capture, de transport terrestre et même maritime sur des navires de charge (section 6 et 8), où apparaissent l’embarquement et le débarquement, soit une rare représentation de  deux manoeuvres distinctes sur un seul tableau) Fig…… ). Si l’on excepte un Bison (Fig. ), les  espèces animales concernées (…) sont toutes exotiques, asiatiques avec des Tigres, un Rhinocéros indien (Fig. ), et surtout africaines tandis que dans la « Petite chasse », beaucoup plus modeste, tant par ses dimensions que le nombre des acteurs, la faune paraît exclusivement « européenne », du moins paléarctique.  Une bonne …. d’espèces différentes sont ainsi associées à quelques 66 personnages qui s’en emparent,  les transportent ou se délassent. Les serviteurs, en fait  certains soldats  romains pour Marrou q(…)  sont chlamydati ou vêtus d’une tunique cousue, à manches longues, largement décorée de segmenta et orbiculi , très caractéristique de l’Antiquité tardive.

     Le nom des animaux qu’il soit « zoologique » comme dans la mosaïque de Palestrina (Lopez, 2016 : fig.  ) ou familier, donné alors par l’homme pour les honorer (chiens de chasse ; fauves combattants tels que les ours et panthères)(Figs…), peut être inséré en tesselles de couleur différente. Il en est de même pour celui des belluaires de l’arène (Fig. ).     Toutefois, une particularité regrettable de beaucoup de ces œuvres, tant en Europe que dans les musées du Maghreb, vient restreindre leur élégance par excès de réalisme : l’ ombre portée des  membres sur le sol (Fig.5 ), aussi bien ceux des animaux que des humains qui, dans  le cas des venatores semblent porter des chaussures démesurées, voire même des raquettes à neige ! Ce détail un peu grotesque  atteint son comble lorsqu’un chasseur de Panthères nommé Spittara est monté sur échasses (mosaïque de Smirat à Sousse : Fig.5 ).  Même la mosaïque des saisons à Saint- Romain-en  Gal (Vienne) et ses quatre  petits tableaux allégoriques (Fig.6) n’échappent pas à cette convention

 

                             

          Fig. 5 – Mosaïque de Smirat, Sousse         Fig. 6 – Mosaïque des Saisons, Saint Romain

  En dehors des venationes, le bestiaire exposé s’étale largement dans le chapitre mythologique. Les  mosaïques dites d’ Orphée sont consacrées à ce musicien et poète, charmant avec sa lyre une concentration remarquable d’ animaux sauvages terrestres bien identifiables, comme dans celles de la maison des Laberii (Oudhna : Musée du Bardo)(Fig.7) et du Musée archéologique de  Palerme (Fig.8). Les mosaïques dites dionysiaques mettent en scène les personnages truculents de Dionysos-Bacchus,  dieu de la vigne, associé à des fauves, notamment au Musée de Sousse (Fig. ) et du satyre Silène son précepteur et père adoptif dans une admirable composition d’ El Djem (ex Thysdrus) (Fig.9).

                                       

Fig7 – Musée du Bardo                     Fig.8 – Musée de Palerme          Fig.9 – Musée d’ El Djem

 

III - Revue systématique des représentations animales

Etablie selon la Classification actuelle inspirée de K.Zittel, cette revue base la systématique des Mammifères (animaux qui allaitent tous leurs jeunes) sur la proximité phylogénétique,  compte tenu des divisions anciennes qui ont pu être conservées. Ne seront présentées, avec l’appoint de leurs modèles, que les figures remarquables par leur grande fréquence, inversement leur rareté ou un aspect ambigu soulevant alors l’épineux problème de leur identification zoologique. En sont exclus le Cheval,  l’ Hippopotame, lié aux mosaïques nilotiques (Lopez,2016), le Dauphin, à stylisation toujours excessive (Lopez,2018) et les Singes, dont le rendu, mosaïque de Palestrine comprise, est incompatible avec une présentation zoologique réaliste.  De la Souris 1 à l’Eléphant, les Mammifères peuvent être figurés soit isolément dans une grande composition d’ensemble que complète un décor végétal (Fig.9), dans des médaillons n’incluant  parfois que leur tête (Fig.17 ), soit représentés avec des personnages dans des scènes cynégétiques ou mythologiques, association sensiblement plus rare  dans le cas des autres animaux, les Invertébrés surtou  (Lopez,2016).

1 Insectivores

 

Au sens large du terme, les Mammifères insectivores  sont ceux  qui se nourrissent exclusivement d'insectes. Cet ordre, aujourd’hui invalidé par l’anatomie et la génétique, n’est conservé ici que par commodité .

Le Hérisson (Erinacéidés),dont le régime alimentaire, peut comporter toutefois d’autres proies et même des végétaux, a été représenté dans une mosaïque du Bardo ou Carthage . Il est bien reconnaissable à son museau pointu, aux pattes courtes, à la dissimulation de sa petite queue et surtout à son dos bardé de longs poils brunâtres en piquants. Etant donné la situation géographique de l’œuvre, il pourrait s’agir d’un Hérisson d'Algérie (Atelerix algirus), propre aux régions côtières d'Afrique du nord, plutôt que de deux autres espèces méditerranéennes (Hérissons d’ Europe et oriental). Notons que tout près de lui sont visibles un insecte et peut être un lombric pouvant évoquer son régime alimentaire !! Outre leur reconnaissance de son rôle d’auxiliaire dans les jardins, les Romains avaient coutume d’observer le Hérisson pour prévoir l’arrivée du printemps d’après sa sortie du terrier. En contrepartie, selon Pline (VIII, LVI, 3) ils le sacrifiaient pour « lainer les étoffes » avec sa peau et les aiguillons en évitant, lors de la capture, qu’il ne les détériore en  urinant dessus.

 

 

Fig.10 – Musée ?     Fig.11-Grande Chasse, détail        Fig.12 – Mosaique nilotique, détail

 

Le Pangolin  (Pholidotes : Manidés) est  un « Fourmilier écailleux »  d'Afrique et Asie  équatoriales trouvant ici sa place, peut être  contestable, comme  modèle insolite pour deux des représentations animales dans la « Grande chasse » et la mosaïque de Préneste (Fig. et Fig. ) .  Inconnu semble-t-il de Pline  mais peut être pas des chasseurs africains, il a une tête  étroite, un corps allongé avec une queue parfois plus longue encore, de pattes griffues et surtout un revêtement  d’écailles imbriquées sur les faces supérieure et latérales du corps, queue comprise, absent toutefois sur le ventre. Cette particularité tégumentaire unique chez les Quadrupèdes semble bien avoir été exprimée maladroitement dans la « Grande chasse » par l’un des mosaïstes (Fig.11), sinon d’après l’animal lui-même, du moins suivant sa description. Moins évident, le petit animal de la mosaïque nilotique (section 5) renversé sur le sol au-dessous d’un couple de girafes (Fig.  et  ) a une morphologie assez voisine, bien que plus trapue et rudimentaire. La queue, aujourd’hui effacée  (Fig.12, gauche ) était encore présente lorsque Di Pozzo Note 2 le fit peindre (Fig.12,droite) et nous rappelle qu’en cas de danger, le Pangolin  peut se retourner et  s'enrouler sur lui-même, en «  pomme de pin ».

 

2 - Lagomorphes

Il s’agit d’un ordre de Mammifères réduit à deux familles dont celle des Léporidés, proche des Rongeurs (rat, souris, porc-épic)1 dont ils se distinguent surtout par leur denture. Les Léporidés réunissent les Lapins et les Lièvres dont celui d’ Europe, Lepus europaeus  et d’ autres espèces du paléarctique occidental étroitement apparentées. Dans tous les cas, les Lièvres diffèrent morphologiquement des Lapins car ils sont  plus grands et nettement plus longilignes, avec de longues pattes et de grandes oreilles, une robe plus colorée et des bonds vigoureux (Fig.13,14). Ils sont représentés gîtant en médaillon (Fig.13) ou poursuivis par des chiens dans une scène de chasse (Fig.14) leur silhouette permettant d’évoquer plus souvent un lièvre que le lapin moins élancé et à oreilles plus courtes  (Fig 15). Les mosaïques du Maghreb et du Moyen-Orient  pourraient représenter le  Lepus capensis mediterraneus typique des milieux semi-arides.

 

 

                          

               Fig. 13–Bulla Regia            Fig. 14– Mosaïque d’Oudhna                   Fig.15 – Mosaïque d’ El Djem

3 - Ongulés

Les ongulés vrais sont traditionnellement  des mammifères dont la dernière phalange du ou des doigts est enveloppée d’une structure cornée, le sabot. Dans ce groupe, discutable selon  la taxonomie moderne, on distingue les artiodactyles qui ont un nombre pair de sabots, donc de doigts (entre autres, les Porcins et les Ruminants seuls présentés ici) et les Périssodactyles, un nombre impair ( un à trois), notamment les Equidés et les Rhinocéros.

A - Porcins

.  Le Sanglier  Appartenant à la famille des Suidés ,  le Sanglier d’ Europe ou d’ Eurasie (Sus scrofa) dont le Porc domestique  peut  être considéré comme une sous-espèce ( Sus scrofa domesticus ) est l’un des animaux les plus fréquemment représentés dans les mosaïques romaines, y compris et surtout celles d’Afrique du Nord où contrairement aux assertions d’ Hérodote et  de Pline.il était déjà présent dans les zones arborées et les landes arbustives.

                                        

Fig.16 –Musée du Bardo                        Fig.17 – Bulla Regia            Fig.18 – St Romain en Gal

Ses caractères anatomiques ont  été traduits par les mosaïstes, mais à des degrés divers (Fig.16 à 18) :  grande taille,  silhouette trapue ; tête (hure) volumineuse et globalement conique prolongée d'un groin étiré en boutoir et pourvue de deux grandes oreilles triangulaires dressées, cou massif, avant-train puissant, flancs un peu comprimés latéralement, pattes courtes mais robustes à 4 sabots. Les canines sont particulièrement développées, surtout chez les mâles âgés, les  inférieures (défenses)s’aiguisant sur les supérieures ou grés (Fig.17). Le pelage de l’adulte est dru, brun-noir à  brun roussâtre,  surtout constitué de longs poils de jarre (soies) formant en hiver, sur le sommet du dos une sorte de crinière brune, comme hérissée en « brosse », toujours reproduite dans les mosaïques (Fig.16,18,20 à 22).ainsi que la queue en pinceau se dressant lorsque l’ animal est irrité . Par sa rapidité (jusqu’à 70 km/h), sa puissance et sa férocité, le Sanglier  était considéré comme un adversaire haut placé dans la hiérarchie cynégétique romaine et un gibier symbolique de choix par les Germains. Le sanglier est presque toujours impliqué dans les grandes scènes de chasse (Fig.19 et 20), parfois dans des combats contre d’autres animaux, ours par exemple (Fig.21), exceptionnellement enfin,, dans une scène de prédation comme celle, admirable, du Musée d’El Djem où deux lions le dévorent, dans un décor un peu artificiel (Fig.22) évoquant l’amphithéâtre.

 

                      

 

Fig.19 – Villa di Casale                     Fig.20 – Musée du Bardo                           Fig.21 – Musée du Bardo

 

                                                      Fig.22 – Musée d’El Djem

On sait d’ailleurs que dans ce même cadre, il a été produit en grand nombre au cours des munera , jusqu’à 1000 au jeux de Probus(281 Ap.J.C) et  d’après Tertullien, serait même intervenu lors de damnationes ad bestias.

. Autres Porcins - Deux autres Suidés d’un aspect différent (Fig.23, 24) sont visibles dans la mosaïque de Palestrina (section 9-10), à droite du Rhinocéros. Ils sont cités par De Serres ( p.210) comme « Pachydermes du genre Sanglier » dans un commentaire assez confus. De son côté, Mayboom (1995), sans les différencier ni les décrire,  les présente seulement comme deux « wart-hogs », soit des « porcs à verrues ».

     Celui de gauche est effectivement un Phacochère ,  Phacochoerus africanus africanus ou même sa sous-espèce d’ Afrique orientale (P.a.aeliani ) dite du désert, bien reconnaissable  à sa tête allongée, sa longue crinière, la queue dressée, le pelage  brun parsemé de poils blancs et surtout à l’une de ses verrues faciales, excroissances calleuses hautement caractéristiques du genre (« cochon » (choerus) « verruqueux » (phaco) bien visible sur le côté gauche de la tête entre l’œil et  l’oreille (Fig.23). Les défenses ne sont toutefois pas visibles.

                   

        Fig.23 – Mosaïque du Nil                                        Fig.24 – Mosaïque du Nil

 

     Le deuxième Suidé, qui semble en train de boire à droite du précédent (Fig.24),  a été considéré comme un Potamochère par  De  Serres (1833, p.210) qui y voit le « cochon à masque », Sus larvatus de Cuvier devenu aujourd’hui Potamochoerus porcus ou larvatus binôme linnéen dérivé de potamós (« fleuve »)et khoíros (« cochon ») recherchant les milieux humides. Toutefois, son pelage à dominance roussâtre ne s’accorde guère avec la couleur gris ardoise, l’aspect « hérissé » et les défenses du Suidé de la mosaïque dans lequel il faudrait voir plutôt un Hylochère  (Hylochoerus meinertzhageni), le « Sanglier géant des forêts », vivant toujours  près de l’eau au Kenya, en Tanzanie  et jusqu’au sud-ouest de l’ Ethiopie où il pouvait être également connu des chasseurs et mosaïstes lagides.

B- Cervidés

Artiodactyles comme les Suidés et herbivores ruminants, ils sont  essentiellement caractérisés par des bois, organes osseux caducs présents sur la tête du mâle, ces  attributs pouvant toutefois,  se retrouver chez la femelle ou faite totalement défaut  dans quelques genres,

. – Le Cerf  Elaphe

Le mâle de Cervus elaphus possède des bois recourbées et ramifiées en andouillers ou cors de complexité croissante avec l’ âge, cette ramure étant perdue puis renouvelée  chaque année. De pelage roussâtre à gris-brun, à cou fort, ventre rebondi et membres longs et fins avec deux sabots, il vit et vivait dans les forêts tempérées d'Europe et d'Afrique du Nord où le représente  sa  sous-espèce, le Cerf de Barbarie , Cervus elaphus barbarus (Fig.25 à 27). Seul membre africain des Cervidés, il devait  donc  vivre autrefois au Sud de la Méditerranée  bien que Pline y nie sa présence.  Un peu plus petit que le Cerf élaphe d'Europe, il est brun-roux à brun-foncé avec des rangées de taches blanches peu visibles et 4 à 6 andouillers par bois (Fig.26). Ces protubérances, « andouiller de massacre » compris, ont été bien reproduites dans les mosaïques, compartimentées(Fig.3), cynégétiques ou orphéiques (Fig.8), En revanche, les représentations des femelles (biches) semblent  rares. Plus petites, à grandes oreilles et sans bois, elles peuvent être reconnues dans une mosaïque du Bardo (Fig.26) où des taches punctiformes suggèrent qu’il s’agit bien du Cerf de Barbarie et dans une mosaïque de la Vernède ( Nissan) où cette femelle de Cerf élaphe s’associe à la vigne (Clavel-Levêque & Lopez,…). comme l’est ailleurs le Lièvre.

     Le Cerf élaphe ne doit pas être confondu avec le Daim (Dama dama)  originaire du sud-est du bassin méditerranéen et  introduit durant l’ Antiquité sur le reste de son pourtour , ce qui explique qu’il soit représenté dans des scènes de venationes, aussi bien  en Europe du Nord( mosaïque de Bad  Kreuznach, Allemagne )(Fig.28) que dans celle de l’amphithéâtre à Zliten (Lybie). Il y est reconnaissable aux bois aplatis et palmés du mâle, ainsi  qu’à sa robe fauve-roussâtre, tachetée de blanc en été. 

 

                         

    Fig. 25– Musée de Sousse         Fig.26 -  Bardo                 Fig.27 - Bardo           Fig.28 - Bad  Kreuznach

C - Bovidés

Bison d’Europe

L’ Aurochs ou Urus (Bos primigenius), n’étant attesté que dans des oeuvres littéraires (Pline, Jules César) et les représentations de ses descendants, les Bovinés domestiques (Bos taurus) n’offrant guère d’originalité (Fig.29), sauf dans les combats du cirque, le Bison d’ Europe (Bison bonasus) mis ici en exergue, ne peut que surprendre par son irruption dans le monde romain tant il semble inféodé à l’ inaccessible forêt hercynienne. Il est pourtant connu de rares mosaïques européennes,  celles de Saint-Romain en Gal (France) (Fig. ) et  surtout de la Villa di Casale (Sicile) où il fait partie de la « Grande Chasse », s’y mêlant ostensiblement  aux espèces exotiques  les plus diverses (Fig.31 ). On retrouve à Piazza armerina  son aspect très caractéristique : corps  trapu et massif (2m de haut,1 tonne), tête à cornes courtes et pointues  ; bosse prononcée sur l’avant du dos, entre  les épaules ; pattes puissantes terminées par deux larges sabots. Le pelage se compose de longs poils brun clair à brun noir, formant une barbe sous la tête, une crinière sous le cou, des « manchettes » sur les pattes et un pinceau caudal, pilosité remarquable soulignée non par  Pline  mais par le héros du poète Calpurnius Siculus, qui signala et décrivit l’animal dans une venatio.

                                                              

                Fig.29 – Bardo                  Fig.30 – Saint Romain en Gal                Fig.31 – Villa di Casale

Antilopinés (Antilopes)

Le  groupe des antilopes au sens strict réunit une vingtaine d'espèces animales à silhouette élancée, svelte, avec de grands yeux doux , des cornes annelées de forme variée, plus développées  chez le mâle, de longues pattes fines , une fourrure fauve, plus claire sur le ventre, et l'extrémité de la queue noire. et à la course légère. très rapide, jusquà 70 km/h. Herbivores et buvant peu, elles habitent les plaines arborées, les savanes et même les déserts, s’étant  alors adaptées aux environnements les plus extrêmes. Elles ont toujours été d’une grande importance culturelle dans les régions de l’Afrique du Nord et de la Péninsule arabique. Quatre de ces espèces appartenant à trois sous-familles différentes font régulièrement partie du répertoire iconographique des Bovidés, surtout en Afrique du Nord où les mosaïstes étaient familiers de ces modèles élégants.

La Gazelle dorcas ou Dorcade, Gazella dorcas (Antilopinae)  est une gracieuse petite antilope sahélo-saharienne des zones désertiques et subdésertiques nord-africaines particulièrement bien représentée dans des mosaïques du musée de Sousse (abside de l’oecus, maison « du triomphe de Dionysos)(Fig.32,34) et du Bardo (Fig. 33). La tête est claire, pourvue de deux petites cornes annelées, plus courtes chez la femelle, de grandes oreilles blanches veinées de noir et de quatre marques roux foncé convergeant vers le museau depuis la base des cornes et des yeux, en trait de « maquillage » (Fig. 34). L’ensemble du pelage est fauve pâle, avec, une bande longitudinale plus foncée sur les flancs, un peu rougeâtre, contrastant avec la couleur blanche du ventre, de la croupe et sensée jouer un rôle dans le camouflage.  La queue est noire. Les pattes fines  montrent des touffes de poils colorés sur les  genoux  des pattes antérieures, un détail ténu mais qu’a bien su traduire le mosaïste de Dougga. (Fig. 33).

 

              

    Fig. 32– Musée de Sousse                   Fig. 33 – Dougga, Bardo             Fig.34 – Sousse, détail

Le Bubale roux  Alcephalus buselaphus  (Alcelaphinae) est un animal puissant (près de 2m,50 ; plus de 200 kgs) , bien reconnaissable dans les mosaïques du Bardo (Fig.  ) et de Sousse (Fig. ) à sa longue tête  étroite avec des oreilles pointues et des cornes très rapprochées à leur base sur une excroissance osseuse en socle surélevé, annelées sur leurs 2/3 inférieurs et courbées dans l’ensemble en forme de lyre. La poitrine est large, inclinée et la queue garnie de poils noirs en plumeau. Le pelage varie du marron foncé à l’ocre et au roux, avec des zones noirâtres. Pline l’ Ancien a confirmé sa présence en Afrique Note 3

               

      Fig. 35 – Mosaïque d’ Orphée, Bardo                     Fig.36 – Mosaïque « des animaux », Sousse

 L’ Addax ou antilope à nez tacheté, Addax nasomaculatus (Hippotraginae)  est une deuxième  espèce de Bovidés endémique d’'Afrique, presque éteinte aujourd’hui à l'état sauvage, un peu plus petite que  le Bubale (170 cm,  150 kg) et antilope la mieux adaptée aux endroits sablonneux et extrêmement arides. Présent dans la mosaïque de Sousse où ses deux exemplaires ont été figurés en  pleine élan de fuite( Fig.37) et dans celle, plus polychrome et éloquante, de Piazza armerina(Fig.38,39) où deux autres individus sont terrassés par des fauves, il est reconnaissable à sa robe, ses larges sabots facilitant le trôt en terrain sablonneux et avant tout, à sa tête caractéristique. Elle porte en effet deux longues cornes ( plus de 1m), nettement annelées, présentant deux torsions lui ayant valu, selon Pline(H.N. 11)d’être appelé « Strepsiceros »(cornes tordues) par les Grecs, une calotte de poils châtain entre leurs bases et un « masque » facial de bandes transversales  bien visibles dans la « Grande Chasse » (Fig.38,39 ).

                                  

     Fig.38 -  Villa di Casale                    Fig.37 – Sousse                               Fig.39 – Villa di Casale

L’ Oryx

 Les Oryx dont il existe 4 espèces, sont tous reconnaissables à leur silhouette trapue avec une croupe et une queue rappelant celles du cheval, des pattes très vigoureuses à larges sabots leur permettant aussi de courir sur le sable et surtout deux cornes très longues (jusqu’à 1m,20) droites, à fins anneaux, extrêmement pointues, lances fonctionnelles pouvant transpercer un lion.  Moins souvent représenté que les Antilopes précédentes, il peut être identifié sans peine dans un médaillon de la mosaïque compartimentée du Bardo (Fig.3,40) et, en seul exemplaire qui vient d’ être capturé, dans la « Grande chasse » sicilienne(Fig.41). La robe bigarrée du second évoque moins un Oryx algazelle ou de Lybie, Oryx dammah  qu’un oryx d'Afrique de l'Est Oryx beisa avec son masque facial, son pelage fauve paré de zones plus foncées dont une bande cernant le haut  des pattes antérieures.

 

                                            

            Fig. 40 – Bardo (détail Fig.3)                                Fig.41 – Villa di Casale

 D - Caprinés

Les chèvres et boucs, Caprins domestiques de cette sous-famille des Bovidés, figurent  dans de grandes compositions exubérantes et hétérogènes (Fig. 42) ou dans des scènes d’élevage plus dépouillées (Fig. 43). En revanche, les représentations d’ espèces sauvages, d’un plus grand intérêt zoologique ,  sont rares et ne concernent guère que deux espèces Le Bouquetin des Alpes (Capra ibex) (Fig.44) fait partie d’une scène de venatio présentée à Bad  Kreuznach (Allemagne) où sa barbe et  ses cornes imposantes, recourbées vers l’arrière en forme de cimeterre, curieusement interprétées par Pline 4 de l’identifier sans peine malgré un corps trop élancé et des pattes grêles

            


    Fig.42 – Bardo ?            Fig.43 – Turquie             Fig.44 - Bad  Kreuznach       Fig.45 - Bardo

 

 Le Mouflon à manchettes (Ammotragus lervia),   dit  aussi de Barbarie,  est visible dans une mosaïque endommagée du Bardo et ne semble pas avoir été déterminé jusqu’ici (Fig.45). Ce « Bélier sauvage » d’Hérodote, propre aux régions montagnardes d’ Afrique du Nord, est reconnaissable à sa couleur, son corps trapu avec des pattes  courtes, ses cornes épaisses  et striées fortement incurvées en demi-cercle vers l’arrière et surtout, à de très longs poils figurés sur le cou et le poitrail en franges caractéristiques. Par contre, les « manchettes » des pattes antérieures ne sont pas visibles, la mosaïque ayant été détruite à ce niveau.

 

La Girafe

     La Girafe, Giraffa chamelopardalis est un Ruminant  artiodactyle (Giraffidés), vu pour la première fois par les Français en 1827 sous Charles X mais déjà bien connu des Romains  depuis au moins 46 av.J.C (Triomphe de Jules César) comme l’a souligné Pline  évoquant  une certaine ressemblance avec le chameau et …le léopard 5  ainsi que le nom d’espèce hybride camelopardalis qui en dérive. Ce dernier sera conservé par  la systématique linnéenne binominale, Giraffa provenant du moyen-oriental zuraf ou de l’arabe, zarāfah. L’ aspect étrange et la placidité de l’animal ont justifié  son exhibition ultérieure dans les jeux du cirque moins comme victime qu’en tant que curiosité. Quelle que soit la sous-espèce pouvant avoir servi de modèle, elle n’est bien identifiable, comme le Rhinocéros, que dans deux mosaïques célèbres celle de Palestrina (Italie)(Fig.46) pouvant concerner deux Girafes de Nubie dont les positions curieuses suggèrent un combat rituel entre mâles, et celle  de Lod en Israël (médaillon central) (Fig.47) où est peut être représentée une  Girafe de Somalie, dite réticulée.

 

                                                  

                           Fig. 46– Palestrina                                       Fig.47 – Lod

 

 

D -  Equidés : Ânes sauvages

Ongulés périssodactyles comme le Cheval (Equuus caballus), les Ânes sont également des  Équidés, mais ils diffèrent du précédent par leur taille plus petite, de longues oreilles, l'échine saillante et une queue touffue seulement à l’extrémité. Le plus connu d’entre eux est l'âne domestique (Equus asinus) rarement figuré avec réalisme dans les mosaïques (Fig.48 ), issu de l' Ane sauvage d’ Afrique (Equus africanus).Ce dernier , confiné aujourd’hui aux déserts d’ Ethiopie et d’ Erythrée  est bien reconnaissable à la présence de raies noires sur le fond beige clair de son pelage (Fig.49 à 50) : le long du dos, en travers des épaules et surtout des extrémités qu’elles entourent en « bracelets », marques élégantes jamais omises par les mosaïstes qu’il soit isolé (Fig.49,50), la proie d’un lion, en partie détruit (Fig.51) ou d’un tigre (Fig.52).

 

               

            Fig. 48 - Turquie                           Fig.49 - Bardo                     Fig. 50 – Musée de Sousse

                                     

   Fig.51 -  Musée du Bardo                                                       Fig.52 – Musée d’ El Djem

Cet Equus africanus à la belle robe est généralement qualifié d’Onagre (Gilbert, 2013…) dans les commentaires et les légendes de mosaïques, ce qui est une erreur. En effet, l’Equidé ainsi nommé est  appelé aussi Hémione (Equus hemionus)  ou également « âne sauvage d'Asie » car, absent d’ Afrique, il vivait autrefois  de la Palestine à la Chine. Sa robe est également  beige clair avec une bande noire le long de la colonne vertébrale mais ses pattes  sont dépourvues de rayures. C’est cette deuxième espèce que les artistes de Préneste ont figurée, galopant  et d’une grande finesse, dans la section 6 de la mosaïque du Nil (Fig. 53).

 

Fig.53–Mosaïque nilotique de Palestrina

E - Les Rhinocéros

     Plus gros mammifères terrestres après les Elephants, les Rhinocéros(Périssodactyles : Rhinocerotidés) sont essentiellement caractérisés par la présence d’une à deux cornes nasales, protubérances cutanées sans axe osseux se composant uniquement de kératine. Les deux Rhinocéros africains, l’un dit « noir » (Diceros bicornis) et l’autre « blanc » (Ceratotherium simum, avec deux sous-espèces) sont en fait de couleur gris foncé et tous deux bicornes, tandis que le Rhinocéros indien (Rhinoceros unicornis) n’a qu’un  seul appendice sus-nasal comme l’indique son nom linnéen spécifique. Malgré une denture trop « agressive », le Rhinocéros africain de Palestrina (Fig.54) est reconnaissable à ses deux cornes inégales, son aspect massif, le bon rendu des trois doigts, et même des oreilles frangées de poils,  d’autant mieux que son nom est mentionné en grec : ινόκερως. En outre, sa lèvre supérieure paraissant plus plate que pointue, il pourrait bien s’agir  d’un Rhinocéros blanc, mais dit « du Nord », sous-espèce (Ceratotherium simum cottoni)  aujourd’hui presque éteinte, plus plausible jadis en Nubie que celle d’ Afrique australe. Ce n’est qu’à la fin du premier siècle de notre ère que le Rhinocéros  réapparut dans l’iconographie romaine d’abord sur des quadrantes de Domitien et, plus tard (…) au centre de la grande mosaïque de Lod (Israël) où il s’avère quelque peu caricatural (Fig.55)

 

       

Fig.54 – Palestrina                                     Fig.55 – Lod, Israël                     Fig. 56 – Villa di Casale

 

Ultérieurement (IV eme siècle), le Rhinocéros indien fut représenté dans la mosaïque de la « Grande chasse » (Villa di Casale) lors de sa capture par des chasseurs- soldats , non pas en Afrique (Gilbert,2013) mais très certainement dans un marécage hindou, ses caractères anatomiques très particuliers rendant toute confusion impossible (Fig.56). La corne est unique et parait comprimée latéralement en lame. De plus la peau du cou, des pattes et surtout du tronc forme un ensemble de plaques rappelant un blindage et de grands plis velus dont on sait aujourd’hui qu’ils interviendraient dans la thermorégulation.

                                         

Les Eléphants

     Il existe aujourd’hui trois espèces de ces Proboscidiens (Eléphantidés) connues déjà dans l’ Antiquité : les deux  Eléphants d’ Afrique, dits « de savane » (Loxodonta africana) et « de forêt » (Loxodonta cyclotis), et l’ Eléphant d’ Asie, Elephas maximus, les deux genres se différenciant par la morphologie du front, des oreilles, des défenses, de la trompe et du dos. Bien connus des Romains depuis les guerres puniques et contre  Pyrrhus, roi d’ Epire (280 Av.J.C.), qui, comme Carthage les employait  pour le combat, ensuite dans des triomphes où ils trainaient le char  des généraux vainqueurs, dans les « éléphantomachies » qui les opposaient en grand nombre à des soldats sous J.César, et, ultérieurement, lors des spectacles de l’amphithéâtre. Selon Martial (Spect., XIV,91 -XVII,19)  ils y affrontaient d’autres gros herbivores comme le taureau (Fig. ) ou de grands prédateurs. C’est surtout à cet égard et pour illustrer des récits légendaires qu’ils figurent dans les mosaïques sans toutefois que leur anatomie soit assez « fouillée » pour mettre en évidence des traits anatomiques plus significatifs. Pline signale seulement que celui de l’Inde est le plus grand (XI. (XI.) [1], et aux prises avec des serpents (« dragons »)note et que les deux espèces sont capturées selon des modes différents. Il précise néanmoins que  « leurs défenses ont un prix énorme; c'est la plus riche matière pour les statues des dieux », ce qui expliquerait que dans certaines mosaïques, leur « design » soit  particulièrement soigné (Fig. ). Par ailleurs Il paraît surprenant que l’ Elephant, comme l’ Autruche,  n’apparaisse pas dans la mosaïque de Palestrina où étaient pourtant mis en scène les animaux éthiopiens les plus frappants. En fait, il y était présent avant que la mosaïque n’ait subi les transpositions, noms grecs compris, qui l’ont mutilée et faussée au cours de son histoire rocambolesque : Meyboom (1995) évoque cette évidence et Trinquier (2007) souligne que les « linéaments d’un éléphant » apparaissent dans deux des précieuses aquarelles de Cassiano dal Pozzo. On les retrouve effectivement dans l’une des reproductions de Whitehouse (1976)(Fig.), à la verticale de l’ âne au galop, dans une zone aujourd’hui « submergée »(secteur), où  se discernent sans équivoque les deux défenses et la patte antérieure gauche d’un proboscidien en blanc.

 

                                                                                 

CARNIVORES

Caniformes

Paradoxalement, le Loup (Canis lupus) ne joue qu’un rôle discret dans l’iconographie romaine où il semble plutôt réservé à la statuaire (…..), aux monuments et aux e nseignes, la présence dans certaines mosaîques ne pouvant être assurée. Une telle discrétion n’est pas sans rappeler celle de l’aigle que l’on a surtout figuré en tesselles maitrisant un serpent (Turquie)ou enlevant Ganymède (Chypre) (Lopez 2016). Il n’en est pas de même pour le Chien (Canis lupus familiaris),sa sous-espèce domestique, apprécié  tout  particulièrement par les Romains quelle que soit leur classe sociale. Il était l’ animal utilitaire et d’agrément le plus souvent représenté dans les mosaïques dont la plus célèbre, toujours en place à Pompéi, est celle de la Maison du Poète tragique, avec le fameux avertissement « Cave canem ».

                     

Fig. – Maison du Poète tragique, Pompéi    Fig. – Mosaique de Carthage            Fig. -

Quelques races, bien qu’imprécises, ont pu être identifiées, selon leur morphologie, leur  fonction et même l’origine géographique présumée :  le Molosse, issu du dogue et très puissant  utilisé  pour la chasse et la garde (Fig.  ), le Mâtin napolitain comme chien de garde associé aux Lares (villaticus canis), l' Ombrien pour garder les troupeaux (pastoralis canis), le Lévrier de Sparte utilisé comme chien de chasse  (venaticus canis), le Mastiff opposé aux  fauves dans les venationes de l’amphithéatre (fig.  ) et dressé aussi dans l’armée pour le combat (canis pugnax), et même le Bichon maltais, un animal de compagnie très rare pour la riche société. Mais la plus remarquable de toutes les représentations, par sa finesse et son réalisme, est celle du «chien au conge d’ Alexandrie », d’époque ptolémaïque, …..Dansles scènes de chasse, les chiens sont parfois désignés sous leur nom (fig.)

 

Le Renard   commun ou roux (Vulpes vulpes)

Canidé de vaste distribution géographique, il est bien reconnaissable à sa morphologie particulière avec un pelage brun à roux, le museau effilé, des oreilles pointues dressées et une longue queue cylindrique, touffue généralement blanche au bout. Malgré son omniprésence, il n’a été que très rarement  figuré: en Sicile, dans la mosaïque dite de la « Petite chasse » (Fig. ) et dans une œuvre tunisienne  provenant de la maison des Laberii à Oudhna (Fig. ). Cette dernière montre un renard ainsi qu’un lièvre en fuite, deux chiens, « Ederatus » et « Mustela » qui les poursuivent et des cavaliers galopant (Fig. ).

     

Fig.  – Renard, « Petite chasse »               

        Piazza Armerina, Sicile

 

 

Ours brun

De tous les grands fauves, l’ Ours brun (Ursus arctos : Ursidae) est un motif récurrent aussi bien en Europe (Espagne, Italie) qu’en Afrique du Nord et en Asie Mineure, depuis Volubilis (Maroc) jusqu’à la Turquie, et devenu assez familier pour orner des demeures particulières comme celle qui lui doit son nom à Pompéi (maison VII 2, 45 dite de « l’Ours blessé ») avec la formule d’accueil « Have » (Fig. ) . Les représentations nord-africaines ont été inspirées sans aucun doute par l’ours de l'Atlas («  ours de Barbarie », « ours de Numidie » de Pline(NH VIII. §. 131), une sous espèce  (Ursus arctos crowtheri ) différenciée de l’ européen lorsqu’il aurait migré en Afrique à la période post-glaciaire, ayant notamment vécu dans l'Atlas, du Maroc à la Tunisie, peut être  même jusqu’à l’ Ethiopie  et récemment éteint. Les mosaïstes ont été inspirés par la taille imposante de l’animal, sa puissance musculaire, les grandes griffes falciformes antérieures (fig. ) lui permettant des gestes très variés, la rapidité de sa course à l’amble et le fait qu’il est capable de se tenir assis ou même dressé sur les pattes arrière (Fig. ). Dans une mosaïque d’Orphée espagnole (La Olmeda), il est même représenté presque de dos, exhibant son arrière-train massif , une queue très courte et de petites oreilles arrondies (Fig.  ). Il a même reçu des noms dans les combats de l’amphithéâtre.

                  

Féliformes

Hyènes

Malgré leur ressemblance avec de gros chiens hirsutes, les Hyènes (du grec "ὕαινα" - hýaina) (Hyénidés)  n'appartiennent pas au sous-ordre des Caniformes mais bien à celui des Féliformes car, détail anatomique ténu mais de grande importance pour les zoologistes, . leur bulle tympanique est divisé par un septum. Les hyènes, arnimaux charognards mais aussi prédateurs,  ont un aspect trapu avec l’ arrière-train plus bas que l'avant, une tête massive, la mâchoire la plus puissante de tous les carnivores terrestres lion compris (pression exercée jusqu’à 917 kg !), une crinière érectile tout le long du dos oblique, de longues pattes et une queue touffue. Elles peuvent courir à plus de 40 km/h en allant l’amble, ce qui accentue leur aspect disgracieux. Les femelles ont  un clitoris très développé, ce qui rend ardue l’identification des sexes ainsi que  l’a exprimé Pline XLVI. [1] : « Le vulgaire croit que les hyènes sont hermaphrodites, qu'elles deviennent alternativement, d'année en année, mâles et femelles; qu'elles engendrent sans mâle: Aristote nie tout cela (de Gen. an., II, 6).  Il en existe quatre espèces dont deux connues dans l’ Antiquité : la Hyène rayée (Hyaena hyaena) ( 1,20 m, 45 kg) dont  l’ aire de répartition s’étend  encore aujourd’hui du Nord-Est de l’Afrique et du Moyen-Orient jusqu’à l’Inde  et couvre surtout des régions arides ; la Hyène tachetée (Crocuta crocuta), plus grande (jusqu’à  80 kg et 1,60 m. de long) plus dépendante de l’eau, confinée de nos jours dans l’Afrique sub-saharienne mais qui dut « remonter » en Ethiopie et le long du Nil puisqu’elle était connue des Egyptiens de l’ Ancien Empire qui en pratiquaient l’ élevage et  l’avaient déjà représentée dans des  mastabas (tombeaux) de l’ Ancien Empire. Beaucoup plus tard, toujours en Egypte mais sous les Ptolémées Lagides (    ), les deux espèces figurent dans la mosaïque nilotique de Palestrina.

 

 

                                                    

               Fig                             Fig. Bardo

                                                                                                     

Dans la section 3 est en effet visible une Hyène rayée reconnaissable à son aspect hirsute, avec une crinière et  un pelage grossier, de couleur grise, parcouru de stries noires…..

Dans la section 1, à droite du grand serpent considéré comme un « Python de rochers »,  deux animaux d’aspect « canin », affrontés et se partageant peut être de la nourriture sont              

reconnus depuis Mayboom (1995) comme des Hyènes tachetées car leur pelage jaunâtre est parsemé de macules noires caractéristiques et les pattes sont plus longues. Il n’est pas assuré que l’inscription sous-jacente OWANTEC les désigne nommément car selon Meyboom, elle faisait surtout référence à des « chiens sauvages ». Il est possible que lors d’un remaniement de la mosaïque. Le mot grec Krokottas (Κροκόττας) surmontant l’autre espèce et qui est d’ailleurs à l’origine de Crocuta crocuta, binôme linnéen de la tachetée, eut été plus approprié.

Félins

Les Félins ou félidés sont une famille de carnivores féliformes, à bulle tympanique caractéristique et possédant en général des griffes rétractiles. Le Chat domestique, Felis silvestris catus) a été d’abord réservé comme animal de compagnie aux classes aisées qu’inspirait  la culture égyptienne et s’est ensuite répandu dans toutes les couches de la population pour lutter  contre les Rongeurs. Néanmoins, il n’a été que très rarement représenté dans les mosaïques, comme à Nîmes, en tant que chasseur de souris, et à Pompéi isolé ou, dans la Maison du Faune, avec un oiseau (caille ?) qu’il vient de capturer(Fig. ),


 

En fait, les Romains donnaient leur préférence iconographique à des Félins beaucoup plus corpulents et agressifs, fascinés par leur taille, leur robe et leurs griffes rétractiles dont Pline (VIII,XVII)a souligné l’étrangeté : les pards1, les panthères, les lions, et les animaux semblables, disposition singulière, marchent les ongles rentrés dans une sorte de gaine, de peur que la pointe ne s'en brise ou ne s'émousse. Quand ils courent, leurs griffes sont retirées en arrière, et ils ne les allongent que pour saisir une proie.

 

Le Lion

Remarquable par  sa taille imposante, la crinière du mâle et sa robe fauve concolore, sans rayures ni ocelles, le Lion , Panthera leo, peut en fait appartenir à deux sous-espèces : le Lion d’Afrique (P.l.leo), de l’écozone  éthiopienne   et le Lion asiatique (P.l.persica) confiné aujourd’hui en Inde dans la forêt-réserve de Gir (Etat de Gujarat). Ce dernier diffère de l’ Africain par sa taille moindre et une crinière moins fournie, dégageant les oreilles, par des touffes de longs poils sur les deux coudes, par le « gousset » ventral ainsi qu’un plus grand toupet de queue, caractères pouvant être d’origine climatique. Il semble d’ailleurs que Pline (XVIII. [1])  ait déjà reconnu son existence : «  Il y a deux espèces de lions : l'une est ramassée et courte; elle a la crinière plus crépue ». Sa population durant l’ Antiquité a dut  être  énorme, s’étendant de l’ Inde jusqu’au sud de l’ Europe, notamment en Grèce selon les sources littéraires (Hérodote, Aristote, Pausanias). Cet animal faisait partie de la mythologie et entrait dans le symbolisme religieux de nombreux peuples. Il semble bien que la plupart des représentations immortalisant le félin soient à l’image de l’espèce d’ Asie et non de celle d’Afrique. alors même que des textes locaux font plutôt référence à cette dernière 

 

                                              

Fig. Musée du Bardo         Fig.- Musée du Bardo           Fig. - Musée El Djem           Fig. – Musée Salakta

Le Tigre

Présenté pour la première fois aux Romains sous Auguste, le Tigre (Panthera tigris) leur est devenu ensuite très familier lors de  venationes  où il était produit en nombre (Domitien….) et a suscité un engouement iconographique rivalisant  avec celui du Lion par la récurrence de ses représentations dans les mosaïques nord-africaines, au point même d’en représenter la dépouille étalée comme ornement (Fig. ). L’abondance de leurs scènes de chasse et prédation  en milieu apparemment naturel ainsi que la relative facilité d’approvisionnement pour les amphithéâtres a pu même susciter chez certains « cryptozoologistes » l’hypothèse irréaliste de sa présence spontanée en Afrique durant l’ Antiquité. En fait, comme le Lion asiatique, le Tigre, même s’il a pu provenir d’ Inde  à la faveur d’échanges diplomatiques ou commerciaux, était essentiellement issu d’ Hyrcanie ( nord de l’ Iran actuel, Irak, Syrie, Arménie), au sud-est de la Mer Caspienne, où prospérait sa sous-espèce Panthera tigris virgata….

 

                    

La Panthère

La Panthère ou Léopard (Panthera pardus) est d’emblée reconnaissable à sa silhouette élancée, avec une tête relativement petite, de larges pattes, une longue queue  recourbée vers le haut pendant la marche  et un pelage marqué de taches noires pleines ou en rosettes sur fond jaune pâle à marron chamois (Fig.  à  ), « comme de petits yeux semés sur un fond clair PlineXXIII. [1]. Elle est représentée couramment dans les mosaïques africaines, parfois en nombre lors d’une venatio comme celle de Smirat ( Musée de Sousse) où les images sont même assorties d’un commentaire louant les organisateurs  du spectacle (Fig. ) Plus rares en Europe, dont celles de la « grande chasse » en Sicile (Fig. ),  de la Villa Borghèse à Rome ou de l’Annus-Aiôn au Musée d’ Arles (Fig. ). les représentations du Léopard ont pu dans certain cas, s’inspirer plus directement de l’une des sous- espèces actuelles (Afrique, Arabie, Perse, Inde) dans la mesure où elles s’étaient alors différenciées par évolution. Il existe même au Musée du Bardo une figure de « panthère noire », non point espèce à part entière mais mutant génétique de Panthera pardus. Apanage des léopards d’ Asie, dont l’ Inde, le mélanisme reproduit ici par l’artiste (Fig. ) ne devait qu’être partiel car  des rosettes  transparaissent dans le pelage noir. Une taxon cette fois bien différent pourrait figurer dans une venatio de la Villa Borghèse, à Rome, son pelage grisâtre avec de grands ocelles oblongs et la queue annelée(Fig.  ) évoquant l’ Irbis ou Panthère des neiges (Panthera uncia) qui a pu vivre jusqu’à l’ouest de  Afghanistan, sa limite actuelle

 

                                                                         

              Fig. –  Bardo          Fig. – Musée d’ Arles    Fig. – Villa di Casale              Fig. -  Bardo

                                                                                                     

                  Fig. – Villa Borghèse                  Fig.  – Mosaïque de Smirat, Sousse

COMMENTAIRES                           

     Les représentations de Mammifères dans les mosaïques confirment l’intérêt particulier des Romains pour certains groupes zoologiques, Félins et autres fauves en particulier, dans un but certes esthétique mais aussi et surtout comme un rappel permanent et durable de leurs penchants émotionnels qu’ils soient cynégétiques ou ludiques par ces «peintures pour l’éternité » (Ghirlandagio).

      Elles sont en revanche pour nous, outre leur valeur artistique, une source directe inestimable de connaissance bio et paléogéographique sur  la répartition des espèces animales. Par exemple la richesse en Cervus elaphus barbarus. Aujourd’hui presque au bord de l'extinction, Toutefois, contrepartie regrettable, elles soulignent avec quelle réserve  doivent être consultées les sources littéraires antiques en tant qu’appoint faunistique et comportemental. Les écrits des grands naturalistes grecs et romains sont « truffés » d’ assertions péremptoires, comme celles d’. Aristote (histoire animale 1,8, chap.33 ) et de Pline LI[1]) lorsqu’il affirme par exemple que « l'Afrique est presque le seul pays qui ne produise pas de cerfs (Pline VIII, Il nous

     Certaines figures marquent une étape décisive dans l’histoire des connaissances zoologiques dont elles ont été contemporaines. C’est ainsi que les gouverneurs romains de Maurétanie connaissaient déjà les  premiers Bubales, les avaient ainsi nommé et fait représenter, très longtemps avant qu’ils ne soient vus pour la première fois (XVIII) par des naturalistes européens.  Tel est également  le cas du Rhinocéros unicorne de l’Inde (Fig. et ), avec sa peau remarquablement plissée, comme trop ample et pourvue de plaques de « blindage » Le rendu de cet aspect singulier par les mosaïstes et sa  présentation en Sicile sous Dioclétien ne se retrouvera qu’au XVI eme siècle, soit près de1200 ans plus tard, lorsque pour la première fois depuis l’Antiquité, le Rhinocéros indien réapparut en Europe  à Lisbonne (Portugal : 20 Mai 1515) fut dessiné puis gravé sur bois par Albrecht Dürer (Fig.).

 

      

         

Fig. – Rhinocéros indien, Villa di Casale                                  Fig. –  Rhinocéros indien gravé par A.Durer

Animaux énigmatiques

     En ce domaine, la palme de l’originalité revient indiscutablement à la mosaïque du Nil, découverte et exposée à Palestrina, l’antique Préneste, dont les Invertébrés ont déjà fait l’objet d’interprétations toutes personnelles (Lopez,2017).

    Comme les Crocodiles, certains des Mammifères qui y sont présentés ont pu être reconnus sans peine dès les premières études, non seulement par une morphologie très évocatrice, mais grâce aussi à des noms en grec inclus dans leur voisinage. En recanche, d’autres figures, soit  partiellement humaines, soit d’anatomie aberrante ne peuvent qu’ être des créatures composites   imaginées d’après des récits d’exploration fantaisistes dont celui fdu grec Agatarchides et dont la signification exacte ne peut être élucidée.

    Le Pangolin

Dans sa section 5, le petit animal renversé au-dessous du couple de girafes et identifié, non sans réserves, comme un Pangolin (Pholidotes), a été reconnu par Mayboom (1995) comme un animal du désert : musaraigne (« shrew »), hérisson (« Hedgehog »),  ou surtout un Daman (« Dassie »)(ordre des Hyracoïdes). De plus,  le même auteur, inspiré par Agatharchides et Strabon, les inclue dans son appendice 6, sous le vocable général de  « myrmecoleon » ( en grec Μυρµηκολέων), le « fourmilion » sous l’étiquette générale d’un mystérieux. Et c’est ici que l’hypothèse du Pangolin aurait mieux trouvé  sa place car il est myrmécophage et nous rappelle qu’en cas de danger, le Pangolin, comme le Tatou,  peut se renverser et  s'enrouler sur lui-même, en «  pomme de pin », ce qui expliquerait sa position insolite.

                  

Le crocodile-panthère

     Si les hippopotames et les crocodiles sont pourtant représentés de manière réaliste, ce n’est pas le cas pour tous les animaux. Certains sont imaginaires : « Ce crocodile-panthère est un de ces animaux extraordinaires, dont les Anciens peuplaient l’Afrique. Les Grecs disaient, qu’en fait de monstres, cette partie du monde produit sans cesse quelque chose de nouveau. Les Romains ont répété ce proverbe. » ( Barthelemy, 2empartie, p.31 ? )

 

Crocotte   Selon Pline, « En s'accouplant avec des hyènes la lionne d'Éthiopie produit la crocute , qui imite pareillement la voix des hommes et des bestiaux, Elle ne cligne jamais les yeux; les deux mâchoires, dépourvues de gencives, sont garnies chacune d'une denture continue; ces deux dentures s'emboîtent, afin que la rencontre ne les émousse pas. » (H.N.VIII…). Cette description ou pareil record d’une gueule aussi étrange  pourrait avoir inspiré les mosaïstes de la Villa di Casale dans leur rendu d’un singulier quadrupède avoisinant le « pangolin » dans la « Grande chasse » et que d’aucuns pourraient avoir cité comme « hippopotame » au vu sa  de son corps massif en tonneau, de ses pattes et de la queue (Fig ).

Les Fauves : symbolisme et légendes 

Une particularité des représentations de Tigres ,jusqu’ici négligée, est le fait qu’il s’agit presque toujours d’une femelle, bien reconnaissable à ses mamelles et (ou) tétines (Fig…..), le mâle n’étant que très rarement figuré. Cette prédominance pourrait être liée à la constatation par les Gréco-romains des soins qu’elle prodiguait seule à ses jeunes alors que « les mâles ne s'occupent pas de leur progéniture »( Pline,VIII - XXV. [1]) et rendrait ainsi hommage à des qualités maternelles encore observées de nos jours par les éthologistes. Un pareil comportement se reflète dans certaines mosaïques, notamment  celle d’Antioche conservée au Worcester Museum (USA) (Fig. ). En revanche, elle ne semble pas figurer dans la « grande Chasse » de la Villa di Casale  bien qu’elle y soit incluse par Marrou (1978) dans une description  ambigüe ainsi que  par des maladresses iconographiques récentes sur le Web. Ces compositions incluent en effet une scène cynégétique fort curieuse représentant la fuite d’un chasseur à cheval poursuivi par  une tigresse et deux jeunes, et jetant vers la mère comme pour la ralentir un autre petit qu’il a enlevé,.

                            

                

Fig.  – Mosaique Villa di Casale                                        Fig. - Mosaïque d’ Antioche                                                     

 

Elles sont sans aucun doute inspirées d’un thème documenté par  Pline  selon lequel la tigresse poursuit frénétiquement un cavalier qui lui a ravi ses jeunes et abandonne l’un d’eux pour galoper jusqu’à son bateau et s’y réfugier. (Note) En revanche, la « Grande chasse » comporte une curieuse variation  de la scène précédente où le cavalier fuyant vers le bateau  salvateur où il emporte deux petits tigres(Fig.) laisse tomber un miroir concave (Fig. ) : la tigresse, trompée par son image réduite , croit reconnaître dans ce reflet l’un de ses petits et interrompt sa poursuite pour le récupérer.

 

Combats d’ Animaux

D’autres sont des adversaires improbables s’opposant dans des combats « contre-nature », qu’ils aient été réels et induits dans l’amphitheâtre par leur enchainement, la promiscuité et un vacarme affolants, ou imaginaires , reposant alors sur les relations erronées de voyageurs, de géographes ou sur certains mythes.

                          

Les auteurs antiques (….), et certaines mosaïques (Fig.   ) attestent leurs écrits,  évoquent des combats spontanés dans le chaos de l’a……

Cerf contre serpent  Le cerf est aussi en hostilité avec les serpents (XXVIII, 9 et 42); il cherche les cavernes de ces reptiles, et, par le souffle de ses narines, il les force à en sortir; aussi l'odeur de la corne de cerf brûlée a une vertu singulière pour chasser les serpents. Pline VIII

          

Pline VIII  XI. (XI.) [1] L'Afrique produit des éléphants au delà des déserts des Syrtes et dans la Mauritanie. Il y en a dans l'Éthiopie et la Troglodytique, comme nous l'avons dit (VIII, 8); mais les plus grands sont dans l'Inde, et ils sont perpétuellement en guerre avec des dragons assez grands eux-mêmes pour les envelopper sans peine de leurs replis, et les serrer comme dans un nœud : les deux combattants succombent: le vaincu, dans sa chute, écrase par son poids le serpent roulé autour de lui.

 

Mythes

     Deux groupes d’ animaux sont présentés comme amateurs de Raisins ou, du moins de vin. Les Léporidés, à priori surprenants dans une telle évocation, sont ainsi représentés dans bon nombre de mosaïques mais aussi de peintures murales méditerranéennes, avec une grande fréquence soulignée par Bouvier (2000) et Carrive (2014). C’est ainsi , un lapin ou un lièvre est figuré consommant une grappe de raisins, dans la mosaïque des saisons de la Villa de Zliten (Fig. ), celle de la maison des Dauphins à El Djem (Fig. ) ou même harcelé alors par un chien sur terrasse de Lod , Israel (Fig. ). Une telle curieuse association pourrait être interprétée comme un double symbole de fécondité et de fertilité

           

Le Lion, la Panthère et le Tigre ( Fig.  ) participent au cortège triomphal de Dionysos et autres scènes bacchiques, tels que les réunit une admirable composition de pavement (maison de Virgile à Sousse). Ils y figurent en tant qu’animaux-symbole du dieu introduits dans son panthéon sous l'influence des cultes de l'Asie Mineure. Mais c’est la Panthère qui est la plus habituelle, appartenant, dit-on, à Dionysos en tant qu'animal ardent et bondissant comme une Ménade, qu’elle traîne son char, qu’il la chevauche, qu’il lui présente une grappe de raisin ou bien en exprime le jus dans un vase pour le lui donner à boire. De plus, le fauve est souvent représenté comme aimant le vin qu’il peut rechercher spontanément (Fig.  ).

Fig. - Mosaïque du cortège triomphal de Dionysos, musée de Sousse

 

   Pour conclure, nous soulignerons la richesse prodigieuse de ces matériaux archéologiques, qu’ils demeurent  in situ  ou soient exposés dans les musées modernes.Ils traduisent tout l’intérêt des Gréco-romains et des peuples assimilés pour leurs rapports avec la faune locale ou importée, satisfaisent à la fois leur sens de l’esthétique, leur attrait pour les étrangetés de l’exotisme et, force est de le constater, la fascination morbide indéniable qu’exerçait sur eux la vue du sang, humain et (ou) animal versé dans l’amphithéâtre et lors des chasses « in natura ». Ils représentent enfin une source de connaissance inégalable sur la faune de l’ Antiquité donc l’ archéozoologie devrait tenir le plus grand compte.

NOTES

 

Note :     Les Rongeurs ne figurent que très rarement dans les mosaïques dont celle de Nîmes où un Rat ( ?) a été capturé par un Chat et celle de l’Avantin (Musée du Vatican), dite du « sol non balayé) où une gracieuse petite Souris (Mus musculus) se nourrit des reliefs d’un repas jetés sur le pavement (fig. ), subtil trompe l’œil  signé par le grec Héraklite au IIème siècle ap.

J.C.

 

Note 2: Cassiano dal Pozzo (érudit et mécène italien) a commandé, vers 1630, un ensemble d’aq uarelles de la mosaïque nilotique pour son « Musée de papier »(Museo cartaceo) où l’on peut voir, dans certaines d’entre elles  des animaux entiers ou certains de leurs détails anatomiques aujourd’hui disparus

Note 3 -  (H.N.VIII, (XV.) sous le nom  d’ antilope bubalis « qui ressemble plutôt au veau ou au cerf » et doit être différencié  des  bœufs sauvages de Germanie,« les bisons à crinières et le ures »… « auxquels le vulgaire ignorant donne le nom de bubales ».

Note4 :  alors que  les cornes du Bouquetin sont seulement utilisées pour le grattage du dos et entrechoquées dans les combats  des mâles, Pline(VIII : LXXIX. (LIII.)   leur a attribué une bien curieuse fonction: « ….il y a les bouquetins d'une agilité merveilleuse, quoique leur tête soit chargée de vastes cornes, creuses comme des gaines d'épée. C'est sur ces cornes qu'ils se jettent, faisant la roue sur les rochers comme lancés par une machine de guerre, surtout quand ils veulent sauter de mont en mont,.. ».

 

 

Note 5: «… appelé nabu par les Éthiopiens; il a l'encolure du cheval, les pieds et les jambes du bœuf, la tête du chameau, et des taches blanches semées sur un fond de couleur fauve –comme une panthère-, ce qui lui a fait donner le nom de camelopardalis…. Cet animal est plus remarquable par un aspect extraordinaire que par un naturel farouche... »

 

Note : selon Pline (VIII  XI. (XI.) [1]  ) les éléphants de l’ Inde «  sont perpétuellement en guerre avec des dragons assez grands eux-mêmes pour les envelopper sans peine de leurs replis, et les serrer comme dans un nœud : les deux combattants succombent: le vaincu, dans sa chute, écrase par son poids le serpent roulé autour de lui. »

 

Note : « L'Hyrcanie et l'Inde produisent le tigre, animal d'une rapidité redoutable : on en fait surtout l'épreuve quand on lui enlève tous ses petits, qui sont toujours nombreux; le chasseur qui les emporte est monté sur un cheval très vite, et il en change de temps en temps. Dès que la tigresse trouve la tanière vide, elle se précipite sur les pas du ravisseur, qu'elle suit à la piste : celui-ci, dès qu'il entend le rugissement approcher, jette un des petits; la tigresse le prend dans sa gueule, et …. elle retourne à sa tanière…. ».

 

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